Archives du mois : octobre 2004

Les 15/15, le retour

Depuis le mois de février der­nier, le module expé­ri­men­tal de l’acsr pro­pose une série de ren­contres et d’expérimentations autour de la nar­ra­tion radio­pho­nique. Les 15/15 sont ouverts à toute per­sonne qui porte un inté­rêt par­ti­cu­lier à la créa­tion radio­pho­nique. Pour obte­nir plus de ren­sei­gne­ments ou par­ti­ci­per aux 15/15, envoyez un cour­rier à module@acsr.be, Marcel Xhaufflaire se fera un plai­sir de vous mettre au dia­pa­son.
Le pro­chain ren­dez-vous est fixé au dimanche 14 novembre à 15h15 (et non 17 octobre comme annon­cé pré­cé­dem­ment) au local de l’acsr.

Microphon’ic 2004

Il reste quelques pous­sières de secondes avant Microphon’ic, la soi­rée publique et radio­dif­fu­sée de l’atelier. Ne man­quez pas cet évé­ne­ment qui vous trans­por­te­ra dans divers uni­vers sonores. Et si vous ne pou­vez vous dépla­cer jusqu’au centre Dansaert à Bruxelles, ce same­di 9 octobre à par­tir de 21h, bran­chez-vous sur la FM à Londres, Nantes, Marseille ou écou­tez en ligne. Vous trou­ve­rez toutes les infos com­plé­men­taires sur :

Bulletin d’écoute de France Culture

par Jean Marc Turine
Ex-pro­duc­teur à France Culture (pen­dant dix ans)

Depuis le temps que le sujet est pro­po­sé aux spé­cu­la­tions, on fini­rait par en rire : «Quel est l’état de san­té de France Culture ? ou Chronique d’une mort annoncée».Une évi­dence : Laure Adler, la direc­trice, a vou­lu et impo­sé un «jeu­nisme», non seule­ment en enga­geant des jeunes mais en exi­geant de façon géné­rale un ton et un rythme qui s’immiscent davan­tage dans l’air pois­seux du temps. Du moins l’imagine-t-elle. Je ne sais pas si aujourd’hui France Culture est plus ou moins écou­tée qu’hier, et je m’en moque puisque ce qui motive la désaf­fec­tion ou la fidé­li­sa­tion des audi­teurs ne peut pas être réel­le­ment connu.
Le constat est affli­geant : après plus de quatre ans, la direc­tion n’a tou­jours pas de pro­jet ni édi­to­rial ni for­mel. Dès lors, peut-on en attendre une ligne ?

Depuis son arri­vée à la direc­tion de France Culture Laure Adler n’a pas ces­sé de bou­le­ver­ser la grille des pro­grammes (même en cours d’année), a enga­gé des pro­duc­teurs qui n’avaient jamais fré­quen­té un stu­dio, a viré des pro­duc­teurs sans autre motif que stric­te­ment per­son­nel. Elle a sur­tout signé, en dépit de ses pro­messes, la fin pro­gres­sive des pro­duc­teurs tour­nants et des dra­ma­tiques.
L’émission du mer­cre­di matin sur l’architecture, Métropolis, en trois ans, a connu quatre chan­ge­ments de durée.
Pendant l’été, elle a annon­cé une nou­velle ossa­ture repo­sant essen­tiel­le­ment sur quatre per­sonnes (aucune femme) : Nicolas Demorant (le matin), Emmanuel Laurentin (en fin de mati­née), Marc Voinchet (durant l’heure de midi) et Jean Lebrun (en fin d’après-midi). Je sug­gère de les dési­gner Les 4 paillas­sons de la patronne.
Nicolas Demorant a le ton bran­ché et le timbre vocal du petit roquet bru­tal qui sait tout. Son art repose sur sa capa­ci­té à inter­rompre ses inter­lo­cu­teurs gros­siè­re­ment, à lais­ser peu de place au silence, voire au doute.
En confiant tous les matins, de 10h à midi, l’antenne à Emmanuel Laurentin, qui jusqu’à pré­sent avait en charge l’émission La fabrique de l’histoire du lun­di après-midi, Laure Adler a com­mis une erreur de stra­té­gie. Emmanuel Laurentin diri­geait par­fai­te­ment une émis­sion de près de deux heures une fois par semaine, mais il se montre inca­pable d’avoir le souffle néces­saire (ou la dyna­mique) pour ani­mer quo­ti­dien­ne­ment un temps d’antenne rela­ti­ve­ment impor­tant. Conséquence : une suite débri­dée d’entretiens, de repor­tages inache­vés ponc­tue ces heures. Sans moteur pour accro­cher l’écoute. La vibra­tion a dis­pa­ru.
Selon des bruits (insis­tants) de cou­loirs, la direc­tion com­men­ce­rait à com­prendre que ce choix n’est peut-être pas le plus per­ti­nent qui soit. Encore un chan­ge­ment en pers­pec­tive ?
Marc Voinchet, Monsieur Culture Générale, est égal à lui-même : il suit la ou les mode(s). Il est poli et faus­se­ment imper­ti­nent (mais ce trait de carac­tère est la signa­ture, ou la griffe, même de France Cul). Ses invi­tés sont des per­son­na­li­tés connues, bien ancrées dans le pari­sia­nisme et agréées par la patronne (pas de sur­prise de cas­ting donc).
Quant à Jean Lebrun…

Il serait erro­né de croire que Laure Adler est la seule res­pon­sable de cette perte de conte­nu et de mise en forme ou de construc­tion des émis­sions. Son adjointe, Laurence Bloch, ver­rouille de façon extrê­me­ment effi­cace la manière d’être et de pen­ser sur France Culture.
Ce qui fai­sait un cli­mat France Culture repo­sait en grande par­tie sur le tra­vail avant dif­fu­sion, c’est-à-dire le mon­tage et le mixage. Aujourd’hui, avec l’obligation de faire du direct ou du semi-direct, le savoir faire des attaché(e)s de réa­li­sa­tion se trouve réduit au mini­mum et la volon­té de faire court ou de mul­ti­plier les par­ti­ci­pants (pour rameu­ter les beaufs ?) empêche dé déve­lop­per des sujets, de vraies ren­contres.

Depuis quelques années, France Culture cultive la frime, le dis­cours paillette, la fausse inso­lence, l’étalage indé­cent et cré­tin du moi et/ou du sexe, le vrai/faux scoop. En vrac. France Culture montre tous les signes d’un «à bout de souffle» et ce diag­nos­tic nous laisse défaits ou navrés dans le sens pre­mier de ce mot «bles­sé, meur­tri». Oui, dans la pen­sée, quelque chose est cha­gri­né, acca­blé devant tant de gâchis d’énergie, tant d’impostures, tant de fausses véri­tés ou évi­dences. Tant de vide.

Aujourd’hui, France Culture vit sur son pres­tige pas­sé. Il faut en par­ler à l’imparfait. Laure Adler, en adé­qua­tion par­faite avec la vio­lence patro­nale géné­ra­li­sée, a réus­si incon­tes­ta­ble­ment à créer un cli­mat sor­dide de déla­tions, de chu­cho­te­ments détes­tables au niveau des tra­vailleurs et de concur­rences achar­nées entre les pro­duc­teurs à cause d’un auto­ri­ta­risme sec­taire. Elle a consciem­ment mas­sa­cré l’âme de cette chaîne de ser­vice public. Elle pour­rait faire sienne la fan­fa­ron­nade bushienne «Qui n’est pas avec moi est contre moi.»

J.-M. T. octobre 2004.