«Entre les lignes» ou l’intimité effleurée

Article paru dans Télérama : Le blog de la créa­tion sonore |

«Dans «Entre les lignes», Yves Robic enre­gistre sa fille en train d’apprendre à lire, et l’emmène voir son propre père, effec­tuant un voyage dans le pas­sé. Un docu­men­taire fami­lial joli­ment intime.

Anna, 7 ans, apprend à lire. Appliquée, la gamine égrène les mots gen­ti­ment, sous l’œil bien­veillant de son père. De cette ini­tia­tion, cette « sor­tie ritua­li­sée d’un état de dépen­dance », Yves Robic tire un docu­men­taire auto­bio­gra­phique pro­fond, humble et émou­vant — dif­fu­sé le 28 mai dans Sur les docks sur France Culture à 17h, et qui a reçu le prix de la créa­tion radio­pho­nique au der­nier fes­ti­val Longueur d’ondes à Brest. Il attrape l’auditeur fran­che­ment, l’impliquant par le tutoie­ment. « Ce jour où, pour la pre­mière fois, tu la vois te lire cette his­toire du chien bleu. Une émo­tion te taraude alors, tu ne peux pas la nom­mer, mais c’est elle qui te décide à t’engager dans cette aven­ture. »

L’aventure en ques­tion, c’est un voyage fami­lial et chro­no­lo­gique. Yves emmène sa pro­gé­ni­ture en Bretagne, chez son propre père malade. Ensemble, ils dis­cutent de la cha­leur dans le train, des étapes du Tour de France. Mais aus­si des trau­ma­tismes et bon­heurs pas­sés. D’un décès, d’une nais­sance. L’innocente Anna pour­suit son appren­tis­sage de la lec­ture, s’exerce sur des lettres rédi­gées par son grand-père dans les années 60, alors qu’il était en Algérie. « Ça me rend triste de voir ton papa en mili­taire », lance-t-elle à son géni­teur, avant d’éclater en san­glots. A fleur de peau, Entre les lignes explore une inti­mi­té déli­ca­te­ment, sans l’exposer crû­ment.»

Laurence Le Saux