Le reflex du cyclope

La pièce inter­roge le rap­port voir/être vu, ou regarder/être regar­dé. Un tra­vail sonore pour explo­rer le monde de l’i­mage à l’heure d’une socié­té à pré­do­mi­nance visuelle. On pense à L’homme boîte de Kobo Abe, ou com­ment un homme peut deve­nir spec­ta­teur du monde alen­tour en s’en­fer­mant dans une boîte. Diane, l’hé­roïne de notre his­toire, s’en va ren­con­trer des gens «dif­fé­rents», les prendre en pho­tos, faire leurs por­traits tendres et intimes. Elle découvre les autres, leurs beau­tés cachées sous des corps meur­tris, grâce à la pho­to­gra­phie.

Le petit monde de Diane est bou­le­ver­sé. On lui a caché son royaume. Dans la forêt qui n’a pas de nom. Juste de l’autre côté de la rivière. Elle ren­contre des restes humains, des monstres très vivants. Elle leur parle un peu puis leur demande: «Je peux vous prendre en pho­to? Laissez moi faire…». Diane découvre alors enfin la ville et son orga­ni­sa­tion. Déçue par cette popu­la­tion orga­ni­sée et bruyante, elle tra­verse la rivière. Elle entre dans le monde des monstres, ceux dont les corps ne sont pas conformes. Elle y trou­ve­ra une atten­tion toute par­ti­cu­lière, une timi­di­té, une huma­ni­té qu’elle décide de gar­der dans son cyclope, son appa­reil pho­to, afin de les mon­trer, les magni­fier. Le scé­na­rio est une adap­ta­tion libre des textes et pho­to­gra­phies de Diane Arbus: la décou­verte du monde et de ceux qui l’ha­bitent à tra­vers un objec­tif. Mais c’est sur­tout la ren­contre des «monstres», ces per­sonnes dif­fé­rentes phy­si­que­ment qui se retrouvent au ban de la socié­té dite «nor­male». Ces por­traits nous montrent une belle huma­ni­té et une ren­contre digne.

L’histoire peut se suivre et se com­prendre en fer­mant les yeux (mais pas seule­ment). Le spec­tacle a aus­si été conçu pour qu’une dif­fu­sion radio en direct puisse exis­ter en même temps que la repré­sen­ta­tion publique.
L’utilisation des voix, de leurs dif­fé­rents plans sonores, des ambiances, des sons seuls, de la musique, rap­pelle les dra­ma­tiques radio des années 60 et 70. Nous essayons de gar­der une grande richesse et de démon­trer les pos­si­bi­li­tés infi­nies du tra­vail sonore. Nous sommes donc une troupe de fic­tion radio qui joue toute une pièce, en direct, sans filet. Cela néces­site beau­coup de pré­ci­sions, de calages et de répé­ti­tions. Mais ce tra­vail radio qui se joue en public est aug­men­té par la pres­ta­tion scé­nique des comédiennes,par la pré­sence des musi­ciens et de met­teurs en onde.
Anne-Sophie Papillon et Yvan Hanon

Avec Carl Roosens (texte), Christophe Rault (son et réa­li­sa­tion), Damien Magnette (Batterie et autres), Nicolas Gitto (gui­tare et autres), Mélanie Lamon (Diane), Laurence Katina (cyclope et ren­contres), Carmelo Iannuzzo (nar­ra­teur), Anne-Sophie Papillon et Yvan Hanon (régie son).

Production : Compagnie des castors/acsr