Stage autour du field-recording avec pali meur­sault

WE du 7 – 8 Novembre 2015 de 10h-18h
à l’acsr — 49, rue St-Josse 1210 Bruxelles
INSCRIPTION: avant le 19 octobre à: stages@acsr.be

Intentions et démarche artis­tique:

« Quoi qu’il y ait sans doute autant manières de le pra­ti­quer qu’il y a de pre­neurs de son, on peut au moins dire de l’en­re­gis­tre­ment de ter­rain, du field-recor­ding, qu’il nous confronte à un ter­rain, jus­te­ment, et qu’il nous engage dans une rela­tion avec des lieux… Le « lieu », cepen­dant, n’est pas une idée simple, qui recou­vri­rait une réa­li­té uni­forme : la sin­gu­la­ri­té du lieu doit autant à ses carac­tères topo­gra­phiques qu’à nos manières de le per­ce­voir, il est autant une réa­li­té objec­tive qu’une construc­tion sub­jec­tive, dépen­dante de notre point de vue. Et puis­qu’il s’a­git d’en­re­gis­trer, de fixer un peu du lieu sur un sup­port, la ques­tion se rejoue, se déplace : qu’est-ce que le son fixé dit du lieu ? De quoi témoigne-t-il ? Quel nou­veau « lieu » se forme dans cette deuxième écoute, décon­tex­tua­li­sée ?

Le maté­riel d’en­re­gis­tre­ment numé­rique d’au­jourd’­hui vou­drait réac­tua­li­ser la pro­messe tota­li­sante (pour ne pas dire « tota­li­taire ») d’une mémoire infaillible, pan­op­tique, objec­tive : nous ne rate­rions rien, tout serait docu­men­té, et géo­lo­ca­li­sé. Et pour­tant, mal­gré les inno­va­tions tech­no­lo­giques qui conduisent à l’é­pui­se­ment de l›« ici et main­te­nant », le lieu conti­nue de nous échap­per, de glis­ser dans ses mul­tiples tem­po­ra­li­tés, de se recom­po­ser à tra­vers une mul­ti­tude d’in­ter­pré­ta­tions pos­sibles. Au final peut-être ne pou­vons-nous cap­tu­rer qu’un frag­ment d’ex­pé­rience, un lieu pos­sible, un moment de notre inter­ac­tion avec l’en­vi­ron­ne­ment. Du moins, à l’é­chelle de ces deux jours d’ex­pé­rience, joue­rons-nous à prendre ce par­ti : plu­tôt que de s’en remettre à une méthode objec­tive, ou même scien­ti­fique, pour décom­po­ser le lieu jus­qu’à en mettre à jour l’hy­po­thé­tique essence ou la véri­té docu­men­taire, on se pla­ce­ra volon­tai­re­ment et radi­ca­le­ment du côté de la sub­jec­ti­vi­té et de la com­po­si­tion (pour ne pas dire du men­songe).

La pro­po­si­tion consis­te­rait donc à essayer de com­po­ser « avec » le lieu plu­tôt que sur ou à par­tir de lui, d’en faire un « par­te­naire » plu­tôt qu’un objet. On lais­se­ra donc volon­tai­re­ment de côté le fait d’a­voir quelque chose de vrai ou de per­ti­nent à dire sur l’en­droit où l’on se tien­dra, pour consi­dé­rer la « plas­ti­ci­té » du pay­sage sonore : le « lieu » comme quelque chose à sculp­ter, à trans­for­mer, à inven­ter…

Il nous fau­dra aus­si prendre le par­ti du corps, et assu­mer nos pré­sences d’ob­ser­va­teurs par­tiaux, en fai­sant de la marche, du mou­ve­ment, des inter­ac­tions avec les autres et avec l’es­pace de véri­tables outils de mon­tage, qui nous per­met­tront d’en­ga­ger le tra­vail de com­po­si­tion au moment même de la prise de son, sans retour­ner en stu­dio. Et puisque nous aurons pris ce par­ti du « men­songe » esthé­tique, il nous fau­dra inven­ter aus­si les tac­tiques, les règles, les pro­to­coles ou les contraintes qui nous per­met­tront déjouer et de rejouer nos habi­tudes per­cep­tives, nos goûts, nos cer­ti­tudes ou nos confor­mismes d’u­sa­gers de la ville, afin d’i­nau­gu­rer avec le lieu une rela­tion ouverte, indé­ter­mi­née et sin­gu­lière. »
pali meur­sault

Tout le pro­gramme ici > http://www.acsr.be/wp-content/uploads/stage_field_recording_2015.pdf