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Passage Pacific

C’est un cou­loir ano­nyme et sombre d’une ving­taine de mètres dans le bas d’une cuvette, don­nant accès sur ce genre de grand car­re­four que les Belges dénomment abu­si­ve­ment une place. La place Saint-Josse est en tra­vaux pour deve­nir une vraie place.

L’idée ne vien­drait à per­sonne de se pro­me­ner pour le plai­sir dans ce pas­sage où l’on trouve; un ate­lier de répa­ra­tion élec­tro-ména­ger, une bou­tique de répa­ra­tion cou­ture, une super­ette, un bureau de poste, des locaux abri­tant des cours de langue, de ges­tion et d’in­for­ma­tique pour adultes, et une salle de jeux d’argent.

Le pas­sage Pacific est le rez-de-chaus­sée d’un immeuble à appar­te­ments, on l’emprunte par néces­si­té, fuga­ce­ment, ou si on habite un des appar­te­ments de l’im­meuble. Peu éclai­ré, inquié­tant et lugubre, c’est sans doute là tout son charme.

Caché et mécon­nu, ce lieu reflète une réa­li­té socio-éco­no­mique propre à Saint-Josse, et c’est aus­si une fron­tière. D’un côté, des quar­tiers influen­cés par la pré­sence des castes pri­vi­lé­giées des fonc­tion­naires euro­péens, de l’autre, des quar­tiers comme réser­vés à la mul­ti­tude des ghet­tos com­mu­nau­taires et où les maître-mots sont la débrouille, la récup’ et le bri­co­lage.

La forme radio­pho­nique adop­tée pour cette cap­sule est celle de la sono­gra­phie, la repré­sen­ta­tion par le son et sans com­men­taires et qui emprunte des accents au höer­spiel, le jeu pour les oreilles, le jeu d’é­coute. Une pro­me­nade dans un espace géo­gra­phique res­treint, une topo­lo­gie.

Portrait d’école

Débuté au len­de­main des élec­tions légis­la­tives fédé­rales belges, en juin 2007, ce docu­men­taire sur un éta­blis­se­ment sco­laire emprunte à la fable, et au pam­phlet, pour tis­ser un por­trait entre l’é­cole et la socié­té civile.

Je tiens depuis six ans des ate­liers d’arts plas­tiques et d’aide à la langue dans cette école où la grande majo­ri­té des élèves sont allo­phones et allochtones,des «pri­mo-arri­vants» selon notre vocable admi­nis­tra­tif, mais aus­si des enfants de «sans-papiers».

Mosquito

Le com­bat d’une jeune femme contre l’u­ti­li­sa­tion du répul­sif sonore Mosquito est le fil conduc­teur de cette fable caus­tique. L’appareil en ques­tion émet des sons sur­ai­gus que seules les jeunes oreilles peuvent entendre. Présenté par son fabri­cant comme un remède au com­por­te­ment anti­so­cial, le Mosquito asso­cie toute une par­tie de la popu­la­tion – les jeunes — à une espèce nui­sible. Incapable de dis­tin­guer un com­por­te­ment anti­so­cial d’un autre, il apporte à un pro­blème de socié­té réel une réponse bru­tale et sim­pliste, qui déplace le pro­blème plus qu’elle ne le résout. Mais au-delà de cette dis­cri­mi­na­tion évi­dente à l’en­contre des jeunes, le Mosquito en amène une autre plus insi­dieuse, cette fois à l’en­contre des plus vieux, car il révèle à ceux qui ne l’en­tendent plus qu’ils ont pas­sé l’âge et que leur oreille est sur la pente du déclin. Pour cette rai­son et pour ména­ger les sus­cep­ti­bi­li­tés, ce docu­men­taire est for­te­ment décon­seillé aux per­sonnes de plus de 25 ans.