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La parole chanceuse

La Parole chan­ceuse est, à l’origine, un court texte de Marguerite Duras issu de son recueil La Vie maté­rielle, dont ne sub­siste ici que le titre. L’auteur y décrit l’armement invi­sible que pro­cure une parole dite « chan­ceuse » face à un audi­toire. Et quand ça vous est arri­vé une fois parait-il, la parole chan­ceuse, ça vous arrive tout le temps ensuite.
L’emprunt de cette for­mu­la­tion « magique » sert de pré­texte au dérou­le­ment d’un récit : le quo­ti­dien d’un foyer de jeunes filles, leurs appren­tis­sage du monde. Les indices de temps, de lieux et d’actions sont lacu­naires. À ce récit est enchâs­sé le dis­cours de Mohamed Ali qui pré­cé­da son com­bat contre George Foreman en 1974.

La Parole chan­ceuse est une pièce radio­pho­nique et musi­cale qui inter­roge tout à la fois le pou­voir éman­ci­pa­teur du verbe mais aus­si son impuis­sance. Le pre­mier enjeu de cette pièce fut d’interroger les codes du récit oral où la dra­ma­tur­gie repose tout autant sur les mots qu’à tra­vers la voix du nar­ra­teur, sa pro­so­die. Ce double lexique, entre repré­sen­ta­tion du lan­gage et per­cep­tion sen­sible de la voix, est deve­nu ter­rain d’exploration for­mel et musi­cal. Cette infir­mi­té du verbe à figu­rer les angles morts du lan­gage est contour­née par la voix elle-même. Le tré­bu­che­ment des énon­cés, les grains de voix variés, les arrêts et frac­tures donnent cer­tains indices per­cep­tifs au récit, à sa nar­ra­tion. Marguerite Duras et Mohamed Ali sont convo­qués comme les figures tuté­laires de cette « parole chan­ceuse », cha­cun muni de leur arse­nal, conci­sion impla­cable du texte et force d’intimidation du dis­cours.

A lire un art­cile dans Bela.

Monsieur le Directeur

Ainsi com­mencent les cour­riers adres­sés au Directeur de la radio publique belge entre 1958 et 1968. Tous les pré­textes sont bons pour prendre la plume : un audi­teur se plaint de la dif­fu­sion d’une chan­son aux paroles jugées trop osées, une jeune fille se demande com­ment deve­nir spea­ke­rine, les ouvriers d’une usine sou­hai­te­raient entendre plus d’opérettes à l’heure de leur pause déjeu­ner, …

Au cours de cette décen­nie, pour des rai­sons tout autant poli­tiques, socié­tales que tech­niques, la radio se méta­mor­phose. Elle se fait de moins en moins véhi­cule de la parole offi­cielle, pour se tour­ner vers une pro­gram­ma­tion diver­tis­sante adap­tée aux mœurs d’une nou­velle géné­ra­tion ; et deve­nir peu à peu le lieu de l’émancipation d’une parole récol­tée doré­na­vant sur le ter­rain.

À tra­vers une sélec­tion de lettres entre­la­cée à des archives de la radio d’alors, ce docu­men­taire explore les façons de faire et d’écouter la radio, et nous inter­roge sur la place qu’elle occupe aujourd’hui dans nos vies.

FICTION EN SÉRIE (saison 2)

Samedi 30 sep­tembre et dimanche 1er octobre + Samedi 7 et dimanche 8 octobre 2017 de 9h à 18h.
Stage d’écriture de fic­tion radio autour de la série conduit par Sebastian Dicenaire
Invité : Benjamin Abitan (Préhistoire du futur, France Culture)
En col­la­bo­ra­tion avec la SACD

Contrairement à la sai­son 1 où nous avions pri­vi­lé­gié le tra­vail en équipe, cette année nous revien­drons aux fon­da­men­taux de l’écriture indi­vi­duelle, plus en phase avec le mode de fabri­ca­tion réel de la radio. Ainsi, chaque par­ti­ci­pant déve­lop­pe­ra le concept d’une courte série radio, esquis­se­ra l’arche nar­ra­tive d’une sai­son et écri­ra le pilote du pre­mier épi­sode. Le col­lec­tif ne sera pas absent pour autant ; nous nous ados­se­rons à lui chaque fois que l’écriture indi­vi­duelle bute­ra contre un écueil ; ain­si, des moments de brains­tor­ming en équipe et de script doc­to­ring en binôme émaille­ront les deux week-ends pour nous aider à rebon­dir à chaque fois que plane la menace de la panne d’inspiration.

Inscription
Avant le 10 sep­tembre 2017, en envoyant votre can­di­da­ture à l’adresse stages@acsr.be

+ d’infos dans le PDF.

La première fois que je suis devenu fou(le)

«Je péné­trais dans un champs de conscience qui m’était jusqu’alors inter­dit ou caché et je n’y recon­nais­sais rien. J’ai eu l’impression ver­ti­gi­neuse d’accéder à un nou­vel étage de mon être. Je ne savais pas si j’étais mort ou si je venais de naître. Tout y était inouï et incer­tain. Je ne pou­vais plus inter­pré­ter ce que je res­sen­tais. J’avais un nou­vel uni­vers à déchif­frer dont chaque signe était un miroir de ma per­plexi­té.
Je me suis dit, ou plu­tôt cela s’est dit à tra­vers moi :
Ma folie est le der­nier rem­part entre moi et une liber­té totale.
Qui céde­ra le pre­mier ? Le rem­part ? Moi ? Ou la Liberté ?»

John Haute Fidélité

Une tra­gé­die sha­kes­pea­rienne dans le monde de Google /
Facebook, racon­tée du point de vue d’une intel­li­gence arti­fi­cielle fan­tôme.
Le vieux P-DG de Poodle – une célèbre mul­ti­na­tio­nale d’intelligence arti­fi­cielle – est sur le point de mou­rir. Il com­mu­nique ses der­nières volon­tés à John Haute Fidélité, le pro­duit-phare de son entre­prise, un assis­tant per­son­nel connec­té dont la répu­ta­tion est de connaître vos dési­rs mieux que vous – mêmes. Tout son royaume sera trans­mis à son fils natu­rel Junior, à l’exception de la chambre forte qui ren­ferme le secret de l’algorithme de John. L’intelligence de John semble si humaine que Poodle père a déci­dé de l’adopter comme un second fils. Mais après la mort du père, d’étranges voix résonnent dans le palais. Un lar­sen de dési­rs inas­sou­vis gronde dans les cou­loirs. Un crime se pré­pare. La tra­gé­die de l’ère numé­rique peut com­men­cer.

Qualia

Cinq femmes artistes pro­ve­nant de dif­fé­rentes cultures mettent en paroles une expé­rience phy­sique forte, mar­quante à vie. L’une d’entre elles ne dit pas la véri­té. Du lan­gage cor­po­rel et du lan­gage par­lé. De la richesse du bilin­guisme. De la com­plexi­té des tra­duc­tions. De l’usage du sens, du son et des sens.
Qualia ques­tionne l’utilisation du son dans le sto­ry­tel­ling, sa capa­ci­té à tou­cher le sub­cons­cient, sa puis­sance à pro­vo­quer des réac­tions phy­siques et des images men­tales. Vous voyez ce que je veux dire?

Gertrude, c’est ton vrai nom ?

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- Gertrude, arrête de boire.
 — Arrête de me dire Gertrude, arrête de boire.
 — Ça va, c’est une blague ! C’est la pre­mière fois que je ren­contre quelqu’un qui s’appelle Gertrude. Ça me fait pen­ser à Hamlet, la scène finale où la reine Gertrude boit le poi­son des­ti­né à Hamlet…
 — Tu crois que tu es le pre­mier à me la faire ? D’abord le roi dit «Gertrude, ne buvez pas.»
Et elle répond «mais si mon­sei­gneur, je bois.» Point. Et je bois. Point.
 — Et elle meurt empoi­son­née.

 — Et je t’emmerde.

Come come

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«Écouter les sirènes signi­fie être entré dans l’espace cen­tral d’une tona­li­té qui nous inter­pelle inti­me­ment et désor­mais, vou­loir res­ter dans la source d’émotion de ce son dont on ne peut se pas­ser «. Peter Sloterdijk, Sphères I. Bulles (1998)

Come Come est né d’une inter­ro­ga­tion fas­ci­née sur la figure des sirènes, à par­tir de celles d’Homère, qui révé­lèrent à Ulysse un « tré­sor » de science. Quel était-il ? L’histoire ne le dit pas. Mais si les sirènes reve­naient dans notre monde contem­po­rain, quel serait ce « tré­sor » adres­sé aux humains ? Dans une fic­tion empreinte de réa­lisme magique, Isabelle Dumont et Candy Saulnier nous guident à la décou­verte de cette énigme à tra­vers un voyage vocal et musi­cal.

Cette fic­tion radio­pho­nique est la pre­mière par­tie d’un dip­tyque sur les sirènes dont la pro­chaine étape pren­dra la forme d’un réci­tal scé­nique.