Archives du mot-clé : Hörspiel

Be scape

Bescape

C’est une marche tra­ver­sant des espaces sonores Belges. Namur, Eupen, St-amands, Malines, Binche… Des sons récol­tés sur une période de trois ans.

Les temps et les espaces se super­posent, l’au­di­teur est invi­té à les tra­ver­ser.

La vie se déroule et chante, tré­pigne, longe des canaux, frappe et mar­tèle le sol. Il y a de grands espaces, des tours, des rivières, mais aus­si des pièces fer­mées, des chambres et des esca­liers qui com­mu­niquent avec le dehors. Cette com­po­si­tion est éga­le­ment un rap­pel de l’im­por­tance des sons du quo­ti­dien face à l’u­ni­for­mi­sa­tion com­mer­ciale.

Oeuvre ins­pi­rée par les textes de Jacques Darras et nos tra­ver­sée de la Belgique.

Phonobiographie #1

phonobio back side mouths end

C’était un jour d’hi­ver, à Madrid. J’ai pris l’express ‹Puerta del Sol› vers Bruxelles. A cette époque, Hendaya était le ter­mi­nus de nos trains. Les rails espa­gnols et fran­çais n’a­vaient pas le même écar­te­ment. Chez nous, les voies étaient plus étroites, petite mesure de défense prise par le gou­ver­ne­ment de Franco. On des­cen­dait du train, la valise dans une main et dans l’autre le pas­se­port bien ser­ré. Au milieu de la nuit, on tra­ver­sait cet espace à ciel ouvert, clô­tu­ré par des fils de métal ; cou­loir étroit et silen­cieux, inquié­tant, ‘tier­ra de nadie’. De l’autre côté, vingt-six ans d’une autre vie m’at­ten­daient et, je crois que je le devine déjà. Ce jour-là, je n’a­vais que vingt-six ans. Avant ce jour-là, il y a eu d’ autres jours, des mil­liers des jours que j’en­tends encore…

«La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se sou­vient et com­ment on s’en sou­vient» — Gabriel Garcia Marquez.

Je suis Frédéric

Frédéric se raconte, se livre, se décrit… Il s’enregistre seul dans sa chambre et nous parle, il glane des sons à droite à gauche, une cafe­tière, une émis­sion de télé, son père qui tousse… On le suit à tra­vers son quo­ti­dien, ce quo­ti­dien si par­ti­cu­lier que vit une per­sonne «men­ta­le­ment défi­ciente». On le suit à la ferme où il tra­vaille un jour par semaine, dans son ate­lier de pein­ture, dans ses tra­jets… On recom­pose sa réa­li­té à par­tir d’une foule de petits frag­ments anec­do­tiques tirés de son quo­ti­dien dans lequel est entre­mê­lée sa voix qui nous parle. On glisse ain­si dou­ce­ment dans son monde ima­gi­naire, où se brouille la limite entre la réa­li­té et la fic­tion. On se perd, on ne sais plus exac­te­ment où on est. On se laisse prendre par ce foi­son­ne­ment, cette éner­gie tel­le­ment libre. On le suit et se bal­lade dans ses méandres, hors des limites de la logique ration­nelle. On entre petit à petit dans son inti­mi­té, sa pen­sée, son res­sen­ti. Il parle de lui, de la socié­té, de ce qu’il vit, de ce qu’il pense. Il ques­tionne impli­ci­te­ment notre socié­té, notre réa­li­té, notre « nor­ma­li­té » à tra­vers son regard et sa dif­fé­rence. Nous sommes tout proche de lui, si proche que cela nous ren­voie à nous-même.

En écoute aus­si sur www.silenceradio.org

Passage Pacific

C’est un cou­loir ano­nyme et sombre d’une ving­taine de mètres dans le bas d’une cuvette, don­nant accès sur ce genre de grand car­re­four que les Belges dénomment abu­si­ve­ment une place. La place Saint-Josse est en tra­vaux pour deve­nir une vraie place.

L’idée ne vien­drait à per­sonne de se pro­me­ner pour le plai­sir dans ce pas­sage où l’on trouve; un ate­lier de répa­ra­tion élec­tro-ména­ger, une bou­tique de répa­ra­tion cou­ture, une super­ette, un bureau de poste, des locaux abri­tant des cours de langue, de ges­tion et d’in­for­ma­tique pour adultes, et une salle de jeux d’argent.

Le pas­sage Pacific est le rez-de-chaus­sée d’un immeuble à appar­te­ments, on l’emprunte par néces­si­té, fuga­ce­ment, ou si on habite un des appar­te­ments de l’im­meuble. Peu éclai­ré, inquié­tant et lugubre, c’est sans doute là tout son charme.

Caché et mécon­nu, ce lieu reflète une réa­li­té socio-éco­no­mique propre à Saint-Josse, et c’est aus­si une fron­tière. D’un côté, des quar­tiers influen­cés par la pré­sence des castes pri­vi­lé­giées des fonc­tion­naires euro­péens, de l’autre, des quar­tiers comme réser­vés à la mul­ti­tude des ghet­tos com­mu­nau­taires et où les maître-mots sont la débrouille, la récup’ et le bri­co­lage.

La forme radio­pho­nique adop­tée pour cette cap­sule est celle de la sono­gra­phie, la repré­sen­ta­tion par le son et sans com­men­taires et qui emprunte des accents au höer­spiel, le jeu pour les oreilles, le jeu d’é­coute. Une pro­me­nade dans un espace géo­gra­phique res­treint, une topo­lo­gie.