Archives du mot-clé : Langage

Courage, fuyons!

J’arpente le quar­tier popu­laire des Marolles situé au cœur de Bruxelles, à la ren­contre de ses habi­tants, col­lec­tant auprès d’eux, de bouche à oreille, des his­toires vécues autour du thème de la fuite. Les paroles et les voix entrent en réso­nance avec les sono­ri­tés du quar­tier pour tis­ser une phi­lo­so­phie poé­tique et poli­tique de la fuite. Nous avons sans doute tous fui quelque chose…

Version 133

Et si d’autres mondes étaient pos­sibles ? Et si les Cités de la Grèce antique (Athènes, Argos, Thèbes…) avaient colo­ni­sé des conti­nents et étaient deve­nues de véri­tables civi­li­sa­tions modernes ? Et si les super-héros avaient réel­le­ment exis­té ? Et si un « jour­na­liste-prêtre » aux étranges pou­voirs était envoyé par son Dieu dans ce monde pour y mener une enquête ?
Une uchro­nie libre­ment adap­tée de la tra­gé­die d’Euripide Les Héraclides – mais sur­tout une féroce satyre poli­tique et sociale de notre temps.

Autopoïèse

« Elle est com­ment votre dou­leur là ? Sur une échelle de 1 à 10, elle est à com­bien ? ».

Derrière le rideau blanc d’une salle d’opération, se dresse un décor abs­trait, celui d’un voyage qui pren­drait sa source au coeur même d’une bles­sure. C’est ain­si que dans un état semi conscient, je reçois la visite du cen­taure Chiron. II m’indique un pas­sage, un tout petit espace, une synapse, d’où pro­vient un chant bien étrange…

Partant d’un évé­ne­ment vécu et des ren­contres du réel, Autopoïèse pro­pose des chutes et des varia­tions, une des­cente vers la fic­tion, la poé­sie et la mytho­lo­gie.

Peur-répondre

Commentaires ame­nés à par­ler. Une créa­tion radio­pho­nique de textes trou­vés.

Au moment où l’outil poli­tique — peur — est fécon­dé par la numé­ri­sa­tion des médias une réac­tion semble vitale: arti­cu­ler et par­ta­ger les peurs dif­fuses, sour­noises.
Les com­men­taires sont des fils de dis­cus­sions sans queue ni tête. Ces poly­logues se trans­forment-ils quant on tente de les faire entendre?

Malgré les algo­rithmes qui filtrent, ana­lysent, cen­surent et des équipes d’administrateurs qui gèrent du conte­nu; il n’y a pas de vue d’ensemble. Nous ne pou­vons qu’en rete­nir des frag­ments, des ins­tan­ta­nés, des snap-shots. Des idées.

Comme maté­riau d’écriture, Peur-répondre uti­lise des com­men­taires écrits, authen­tiques, trou­vés sur inter­net. Ils sont pris aux sérieux et inter­pré­tés par des voix ama­teurs. Nous avons ras­sem­blé ces frag­ments sonores sous forme de col­lage.

Le dis­cours n’est pas déta­chable du média. Quelle tableau appa­raît lors d’une soni­fi­ca­tion hybride de ces pla­te­formes, for­cé­ment sub­jec­tive et linéaire? Nous avons tra­duit et ren­du audible les élé­ments visuels des pla­te­formes: Para-textes, Thumbnails, Likes, Scrolls etc.

À la place de la quan­ti­fi­ca­tion et de la sta­tis­tique, nous cher­chons à rendre compte avec nos moyens artis­tiques. C’est notre contri­bu­tion à la dis­cus­sion.

Des chemins de traverse

Il existe en Wallonie comme dans beau­coup d’autres endroits, des per­sonnes à qui l’on a trans­mis des prières secrètes pour soi­gner, sou­la­ger la dou­leur et les maux du quo­ti­dien.
Une pra­tique ances­trale et vivace, qui fonc­tionne sans que l’on ne sache vrai­ment ni com­ment ni pour­quoi. Ici on se le raconte, du presque rien qui compte beau­coup.

Trait pour trait

Ni tota­le­ment fic­tion, ni exclu­si­ve­ment docu­men­taire, ce por­trait explore une zone de cir­cu­la­tion où modèle et por­trai­tiste se ren­contrent. Comme un jeu de cligne-musette où les rôles de celui qui compte et de celui qui se cache seraient ren­dus poreux. Enregistrées lors de cinq tom­bées de nuit consé­cu­tives dans l’intimité du salon, les paroles de Nadia invitent l’auditeur à une par­tie de colin-maillard ; yeux ban­dés et bras ten­dus, libre de devi­ner les contours d’un visage qui prend inlas­sa­ble­ment la tan­gente.

La parole chanceuse

La Parole chan­ceuse est, à l’origine, un court texte de Marguerite Duras issu de son recueil La Vie maté­rielle, dont ne sub­siste ici que le titre. L’auteur y décrit l’armement invi­sible que pro­cure une parole dite « chan­ceuse » face à un audi­toire. Et quand ça vous est arri­vé une fois parait-il, la parole chan­ceuse, ça vous arrive tout le temps ensuite.
L’emprunt de cette for­mu­la­tion « magique » sert de pré­texte au dérou­le­ment d’un récit : le quo­ti­dien d’un foyer de jeunes filles, leurs appren­tis­sage du monde. Les indices de temps, de lieux et d’actions sont lacu­naires. À ce récit est enchâs­sé le dis­cours de Mohamed Ali qui pré­cé­da son com­bat contre George Foreman en 1974.

La Parole chan­ceuse est une pièce radio­pho­nique et musi­cale qui inter­roge tout à la fois le pou­voir éman­ci­pa­teur du verbe mais aus­si son impuis­sance. Le pre­mier enjeu de cette pièce fut d’interroger les codes du récit oral où la dra­ma­tur­gie repose tout autant sur les mots qu’à tra­vers la voix du nar­ra­teur, sa pro­so­die. Ce double lexique, entre repré­sen­ta­tion du lan­gage et per­cep­tion sen­sible de la voix, est deve­nu ter­rain d’exploration for­mel et musi­cal. Cette infir­mi­té du verbe à figu­rer les angles morts du lan­gage est contour­née par la voix elle-même. Le tré­bu­che­ment des énon­cés, les grains de voix variés, les arrêts et frac­tures donnent cer­tains indices per­cep­tifs au récit, à sa nar­ra­tion. Marguerite Duras et Mohamed Ali sont convo­qués comme les figures tuté­laires de cette « parole chan­ceuse », cha­cun muni de leur arse­nal, conci­sion impla­cable du texte et force d’intimidation du dis­cours.

A lire un article dans Bela.

What’s up dock ? À la rencontre des dockers du port d’Anvers

En 2014 deux bruxel­loises découvrent les dockers belges lors d’une fin de mani­fes­ta­tion tumul­tueuse dans la capi­tale. Impressionnées et intri­guées par leur déter­mi­na­tion, elles décident de par­tir à leur ren­contre dans les contrées du port d’Anvers. Au long de leur voyage dans l’univers du port, elles recueillent les voix de jeunes et de vieux dockers qui évoquent leurs luttes pas­sées et pré­sentes. Leurs récits de joie, de puis­sance col­lec­tive, mais aus­si de soli­tude ou de ten­ta­tives ratées racontent la trans­for­ma­tion des pos­si­bi­li­tés de luttes et des soli­da­ri­tés dans un monde en muta­tion.

La première fois que je suis devenu fou(le)

«Je péné­trais dans un champs de conscience qui m’était jusqu’alors inter­dit ou caché et je n’y recon­nais­sais rien. J’ai eu l’impression ver­ti­gi­neuse d’accéder à un nou­vel étage de mon être. Je ne savais pas si j’étais mort ou si je venais de naître. Tout y était inouï et incer­tain. Je ne pou­vais plus inter­pré­ter ce que je res­sen­tais. J’avais un nou­vel uni­vers à déchif­frer dont chaque signe était un miroir de ma per­plexi­té.
Je me suis dit, ou plu­tôt cela s’est dit à tra­vers moi :
Ma folie est le der­nier rem­part entre moi et une liber­té totale.
Qui céde­ra le pre­mier ? Le rem­part ? Moi ? Ou la Liberté ?»