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La parole chanceuse

La Parole chan­ceuse est, à l’origine, un court texte de Marguerite Duras issu de son recueil La Vie maté­rielle, dont ne sub­siste ici que le titre. L’auteur y décrit l’armement invi­sible que pro­cure une parole dite « chan­ceuse » face à un audi­toire. Et quand ça vous est arri­vé une fois parait-il, la parole chan­ceuse, ça vous arrive tout le temps ensuite.
L’emprunt de cette for­mu­la­tion « magique » sert de pré­texte au dérou­le­ment d’un récit : le quo­ti­dien d’un foyer de jeunes filles, leurs appren­tis­sage du monde. Les indices de temps, de lieux et d’actions sont lacu­naires. À ce récit est enchâs­sé le dis­cours de Mohamed Ali qui pré­cé­da son com­bat contre George Foreman en 1974.

La Parole chan­ceuse est une pièce radio­pho­nique et musi­cale qui inter­roge tout à la fois le pou­voir éman­ci­pa­teur du verbe mais aus­si son impuis­sance. Le pre­mier enjeu de cette pièce fut d’interroger les codes du récit oral où la dra­ma­tur­gie repose tout autant sur les mots qu’à tra­vers la voix du nar­ra­teur, sa pro­so­die. Ce double lexique, entre repré­sen­ta­tion du lan­gage et per­cep­tion sen­sible de la voix, est deve­nu ter­rain d’exploration for­mel et musi­cal. Cette infir­mi­té du verbe à figu­rer les angles morts du lan­gage est contour­née par la voix elle-même. Le tré­bu­che­ment des énon­cés, les grains de voix variés, les arrêts et frac­tures donnent cer­tains indices per­cep­tifs au récit, à sa nar­ra­tion. Marguerite Duras et Mohamed Ali sont convo­qués comme les figures tuté­laires de cette « parole chan­ceuse », cha­cun muni de leur arse­nal, conci­sion impla­cable du texte et force d’intimidation du dis­cours.

A lire un art­cile dans Bela.

Pamela

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Pour le dire en un mot, Pamela, c’est un feuille­ton radio­pho­nique à l’eau de rose infes­té par un virus poé­ti­co-trash appe­lé Processus, mélan­geant tout avec tout, et bou­le­ver­sant de façon déli­rante l’univers rose bon­bon très conven­tion­nel de Pamela et John.

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Plaisir de lire

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Les librai­ries d’occasion sont des lieux que j’affectionne. Elles me rap­pellent la mai­son de mon enfance, rem­plie d’étagères et de piles de livres. J’ai eu envie de par­tir à la ren­contre de libraires et de lec­teurs pour par­ta­ger avec eux, sim­ple­ment, mon amour pour le livre et la lec­ture.

À la mémoire de Baptiste Kada.

Et tout se tut — Und alles schwieg

Quatre voix d’hommes et femmes par­courent en alle­mand et en fran­çais les Sonnets à Orphée de Rainer Maria Rilke. Les voix, mur­mu­rées et voca­li­sées, enche­vêtrent les langues et se déploient comme une matière sonore.
Mots, timbres, expres­sion, scan­sion, sus­pen­sions, sou­pirs, rires… nous parlent de l’intérieur de l’être, celui ani­mé de souffle et sou­mis simul­ta­né­ment à la gra­vi­té ter­restre et à l’attraction des astres.

Jacques Darras, un poète au pays des Belges

darras_cddJacques Darras est un poète fran­çais qui écrit sur la Belgique. Il est amou­reux de cette région du Nord, de ce fleuve euro­péen, l’Escaut, de Schelde, qui tra­verse les fron­tières.

Inspirée libre­ment de son livre « La recon­quête du tom­beau d’Émile Verhaeren »,

une navi­ga­tion se des­sine vers St-Amands, où repose dans son tom­beau le poète emblé­ma­tique, Émile Verhaeren. Auteur fla­mand écri­vant en fran­çais, il est à la fois poète du ter­roir et de l’Europe.

Par la voix de Jacques Darras, tel un pas­seur d’eau, Mélanie Godin et Vincent Matyn-Wallecan ont com­po­sé un essai radio­pho­nique où la poé­sie parle poli­tique.

À tra­vers la parole de poètes des deux côtés de la fron­tière lin­guis­tique se révèle la com­plexi­té de la Belgique, labo­ra­toire d’une Europe tou­jours en construc­tion.

Enfin, c’est aus­si et sur­tout, un poème radio­pho­nique. Une créa­tion lit­té­raire sonore. Un poème tout court.

Cette pièce radio­pho­nique est libre­ment ins­pi­rée du recueil de Jacques Darras, «La recon­quête du tom­beau d’Émile Verhaeren», paru aux édi­tions Le Cri.

Chinoiserie

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« Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visi­ter avec une vieille amie. Pays sin­gu­lier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu’on pour­rait appe­ler l’Orient de l’Occident, le Chine de l’Europe, tant la chaude et capri­cieuse fan­tai­sie s’y est don­né car­rière…»

Baudelaire, L’invitation au voyage, 1864.

En savoir plus sur le pro­jet «de chine» :
dechine.makaz.net
residence.lettrevolee.com/spip.php?rubrique17

L’autre langue

Une femme, née en Belgique mais ayant pas­sé la pre­mière moi­tié de sa vie en France, veut apprendre le néer­lan­dais afin de par­ve­nir à lire les poèmes de Leonard Nolens, grand auteur fla­mand. Ce désir se heurte à une série d’obstacles : ambi­va­lence face à ce non-pays qu’est la Belgique, dif­fi­cul­té de la langue néer­lan­daise, paresse de la mémoire, pas­sé un cer­tain âge ; obs­ti­na­tion des Flamands à lui par­ler fran­çais, manque chro­nique de temps et de concen­tra­tion. Peu à peu, encou­ra­gée par Jacques, son pro­fes­seur de néer­lan­dais, Skender, un réfu­gié alba­nais, et Hilde, tra­duc­trice et poète, elle décide d’écrire à Leonard Nolens pour lui deman­der une entre­vue. Cette ren­contre lui révé­le­ra l’enjeu véri­table de son appren­tis­sage.

Traces

Maky, rap­peur et slam­meur bruxel­lois, pro­pose un ate­lier d’écriture aux déte­nus de la pri­son de Nivelles. Il entraîne une poi­gnée d’hommes à se sai­sir de l’oralité, à tri­po­ter les mots et à s’aguerrir de « leurs peines ». Dans une langue urbaine et musi­cale aux accents métis­sés, Yannick, Natan et le P’tit Yan nous font par­ta­ger leur vécu, leurs res­sen­tis, leurs amer­tumes et leurs espoirs pour un futur qu’ils ima­ginent loin des murs ternes de la pri­son. L’atelier est là, mais tous ne par­viennent pas à s’en sai­sir. Entre dis­cordes, désir et décou­ra­ge­ment, il révèle un quo­ti­dien car­cé­ral empreint de nos­tal­gie, de haine et de cynisme.