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Naufrage en pleine terre

C’est L’Histoire … d’un héri­tage,
Une sorte de conte désen­chanté, trans­mis de mère en fille,
Un tas en vrac dans lequel se noue le récit d’une famille ;

L’Histoire d’un trop plein,
Un empa­que­tage sans fin d’objets que l’on porte, que l’on pousse, que l’on tire,
De caisses en car­ton où, entre les bibe­lots, s’agglutinent fan­tômes et sou­ve­nirs.

L’Histoire aus­si d’un vide,
Qui, brassé par les vagues de la mémoire, refait sur­face,
Et per­met d’apprivoiser le chaos et rega­gner de l’espace ;

C’est l’Histoire d’une tra­gé­die du quo­ti­dien,
Celle d’un pay­sage où l’on se noie, les deux pieds ancrés dans la matière,
Il était une fois …
« Naufrage en pleine terre »

Être, venir, aller

Bruxelles, canal de la Senne.

Mazina, Marnélice, Rahman et Ghasem, quatre adolescent.e.s, patientent der­rière les murs d’une ancienne caserne mili­taire, leur Petit Château.
Né.e.s ailleurs, ils attendent de savoir si leur ave­nir se des­sine en Belgique ou hors de ses fron­tières.

C’est le temps de leurs 18 ans.

Dans ce lieu de tran­sit qui les accueille alors qu’on décide de leur sta­tut, ils cherchent leurs mots pour se racon­ter.

A écou­ter sur Radio Panik 105.4FM, l’émission Radio Passe-Partout réa­li­sée par les jeunes du Petit Chateau et Caroline Berliner

Courage, fuyons!

Les Marolles, quar­tier popu­laire situé au cœur de Bruxelles.
Dans le dédale des ruelles, sur la place du mar­ché aux puces, dans les cui­sines inté­rieures ou dans
la cha­leur d’un café, je pose la même ques­tion aux habi­tants: «au cours de votre vie, avez-vous fui quelque chose?».
On me raconte des bribes de vie, on me recom­mande à un voi­sin, on se passe le mot. De bouche à oreilles, ma col­lecte d’histoires brasse les mémoires, remue le pas­sé, s’amuse des sono­ri­tés, et voi­là que la fuite prend des airs d’éloge qu’on ne lui connais­sait pas. Une phi­lo­so­phie poli­tique de la vie se fait jour. Un cer­tain art de la fuite.

Version 133

Et si d’autres mondes étaient pos­sibles ? Et si les Cités de la Grèce antique (Athènes, Argos, Thèbes…) avaient colo­ni­sé des conti­nents et étaient deve­nues de véri­tables civi­li­sa­tions modernes ? Et si les super-héros avaient réel­le­ment exis­té ? Et si un « jour­na­liste-prêtre » aux étranges pou­voirs était envoyé par son Dieu dans ce monde pour y mener une enquête ?
Une uchro­nie libre­ment adap­tée de la tra­gé­die d’Euripide Les Héraclides – mais sur­tout une féroce satyre poli­tique et sociale de notre temps.

Moi, raciste?

ah ça vous vous inté­res­sez au quar­tier, au mul­ti­cul­tu­rel? Et bien moi je vais vous dire mon­sieur Liévin, le racisme, je l’ai vu naître. C’était en 1973, avec le choc pétro­lier. J’avais 16 ans je crois” — Abdel, 62 ans

Abdel est l’encadrant des appren­tis qui rénovent ma mai­son; Il récite son his­toire popu­laire du quar­tier, et me guide dans l’enfance et l’origine sociale de mon père. Puis sur­vient une époque dont Bruxelles pour­rait rou­gir, un épi­sode long de plus de 15 ans de vul­ga­ri­té poli­tique. Si “l’époque Nols” encap­sule les années de son long mayo­rat et limitent à un homme l’immoralité du dis­cours sur les étran­gers, la mémoire Abdel nous montre le temps conti­nu où les maro­cains de Belgique ont vécu la dis­cri­mi­na­tion, de façon bien plus salis­sante et impré­gnante qu’on ne pense le savoir aujourd’hui.

“je m’en sou­viens. Ma mère ne vou­lait pas que je joue avec mes copines maro­caines. “Ils ont des poux, ces gens-là, qu’elle disait. Je ne com­pre­nais pas” — Dominique, 58 ans

C’est en ce temps que je suis né, et heu­reu­se­ment les luttes anti­ra­cistes ont mora­li­sé cette poli­tique assu­mée d’un racisme ciblé qui per­dure jusqu’aujourd’hui. Le doc se veut un chan­tier mémo­riel qu’il nous reste à enta­mer pour réus­sir “le vivre ensemble”, cette quête bruxel­loise sans fin, dans notre Babel bra­ban­çonne qui rayonne désor­mais de son hyper-diver­si­té.

Peur-répondre

Commentaires ame­nés à par­ler. Une créa­tion radio­pho­nique de textes trou­vés.

Au moment où l’outil poli­tique — peur — est fécon­dé par la numé­ri­sa­tion des médias une réac­tion semble vitale: arti­cu­ler et par­ta­ger les peurs dif­fuses, sour­noises.
Les com­men­taires sont des fils de dis­cus­sions sans queue ni tête. Ces poly­logues se trans­forment-ils quant on tente de les faire entendre?

Malgré les algo­rithmes qui filtrent, ana­lysent, cen­surent et des équipes d’administrateurs qui gèrent du conte­nu; il n’y a pas de vue d’ensemble. Nous ne pou­vons qu’en rete­nir des frag­ments, des ins­tan­ta­nés, des snap-shots. Des idées.

Comme maté­riau d’écriture, Peur-répondre uti­lise des com­men­taires écrits, authen­tiques, trou­vés sur inter­net. Ils sont pris aux sérieux et inter­pré­tés par des voix ama­teurs. Nous avons ras­sem­blé ces frag­ments sonores sous forme de col­lage.

Le dis­cours n’est pas déta­chable du média. Quelle tableau appa­raît lors d’une soni­fi­ca­tion hybride de ces pla­te­formes, for­cé­ment sub­jec­tive et linéaire? Nous avons tra­duit et ren­du audible les élé­ments visuels des pla­te­formes: Para-textes, Thumbnails, Likes, Scrolls etc.

À la place de la quan­ti­fi­ca­tion et de la sta­tis­tique, nous cher­chons à rendre compte avec nos moyens artis­tiques. C’est notre contri­bu­tion à la dis­cus­sion.

Amikejo

Il existe en Belgique tout au bord de la fron­tière un petit coin où l’on parle alle­mand, où les forêts sont pro­fondes, et où, dans la petite ville de St Vith, 9 661 habi­tants, un groupe d’humains, une bande de théâtre, se lève régu­liè­re­ment pour dire, en alle­mand : Das ist’s was wir sagen wol­len !*
Pour la plus grande joie des spec­ta­teurs, et par­fois, aus­si, pour leur colère bien trem­pée…
Amikejo c’est le por­trait de ces fous de théâtre et de leur région si par­ti­cu­lière.
C’est aus­si, en fili­granes, une invi­ta­tion à réflé­chir sur les uto­pies col­lec­tives et l’utopie euro­péenne du vivre ensemble, qui semblent aujourd’hui bien mises à mal, et où le retour des fron­tières et les ques­tions iden­ti­taires n’annoncent rien qui vaille…

* Voilà ce que nous vou­lons vous dire!

L’univers danse le Semah

« L’Univers danse le semah » est un témoi­gnage d’exil. Celui d’une mino­ri­té hété­ro­doxe long­temps per­sé­cu­tée par l’Etat turc, les alé­vis, dont les pra­tiques rituelles sont émi­nem­ment basées sur la musique, la danse et la poé­sie. En quête d’une recon­nais­sance au-delà de l’islam, une par­tie de la com­mu­nau­té des alé­vis de Belgique tente aujourd’hui de pré­ser­ver et redé­cou­vrir ces tra­di­tions musi­cales. Ces formes de résis­tances cultu­relles sont une occa­sion d’explorer de nou­veaux ter­ri­toires poli­tiques et sonores où se réin­vente une parole long­temps bri­mée.

Avec le vent

Tout d’abord, il y a le souffle, celui qui ras­sure…
Ensuite arrive le son, celui qui raconte…
Virginia, Aram et Vardan soufflent leurs émo­tions et de ce souffle nous par­viennent leurs his­toires. L’histoire de l’exil, des sou­ve­nirs d’Arménie, un jour où le vent s’est levé et où il a fal­lu tout quit­ter.

Le tigre de papier

Dans les débats liés à la dis­cri­mi­na­tion, aux chan­ge­ments de socié­té, aux vio­lences poli­cières, à l’islam, au voile, ou encore à l’histoire colo­niale belge, à la Place Lumumba, aux sta­tues et noms de rue de Bruxelles, cer­taines pen­sées sont res­tées inau­dibles un temps.

Grandis dans la capi­tale, actifs au sein des sphères scien­ti­fiques, éco­no­miques, cultu­relles et socio-poli­tiques belges, 12 inter­ve­nants m’ont consa­cré ce temps. Le che­mi­ne­ment cho­ral, tis­sé à par­tir de leurs réponses, évoque la rela­tion à l’histoire, aux fis­sures, et au sens que l’on se donne.

Entre appa­ri­tions, aspi­ra­tions, oublis, il existe une réso­nance de quelque chose qui a tin­té dés le départ. Mais que l’on n’a pas enten­du. Qui entoure un débat avant même qu’il ne com­mence. Ce pre­mier opus par­tage la sor­tie de cette étape trop étroite.
Le second évo­que­ra les réfé­rences et les évé­ne­ments, les actions menées dans le cadre de l’émancipation, du tra­vail et des pro­jets qui ont émer­gés au fil de cette réso­nance.