Archives du mot-clé : Poésie

Naufrage en pleine terre

C’est L’Histoire … d’un héri­tage,
Une sorte de conte désen­chanté, trans­mis de mère en fille,
Un tas en vrac dans lequel se noue le récit d’une famille ;

L’Histoire d’un trop plein,
Un empa­que­tage sans fin d’objets que l’on porte, que l’on pousse, que l’on tire,
De caisses en car­ton où, entre les bibe­lots, s’agglutinent fan­tômes et sou­ve­nirs.

L’Histoire aus­si d’un vide,
Qui, brassé par les vagues de la mémoire, refait sur­face,
Et per­met d’apprivoiser le chaos et rega­gner de l’espace ;

C’est l’Histoire d’une tra­gé­die du quo­ti­dien,
Celle d’un pay­sage où l’on se noie, les deux pieds ancrés dans la matière,
Il était une fois …
« Naufrage en pleine terre »

Courage, fuyons!

Les Marolles, quar­tier popu­laire situé au cœur de Bruxelles.
Dans le dédale des ruelles, sur la place du mar­ché aux puces, dans les cui­sines inté­rieures ou dans
la cha­leur d’un café, je pose la même ques­tion aux habi­tants: «au cours de votre vie, avez-vous fui quelque chose?».
On me raconte des bribes de vie, on me recom­mande à un voi­sin, on se passe le mot. De bouche à oreilles, ma col­lecte d’histoires brasse les mémoires, remue le pas­sé, s’amuse des sono­ri­tés, et voi­là que la fuite prend des airs d’éloge qu’on ne lui connais­sait pas. Une phi­lo­so­phie poli­tique de la vie se fait jour. Un cer­tain art de la fuite.

Autopoïèse

« Elle est com­ment votre dou­leur là ? Sur une échelle de 1 à 10, elle est à com­bien ? ».

Derrière le rideau blanc d’une salle d’opération, se dresse un décor abs­trait, celui d’un voyage qui pren­drait sa source au coeur même d’une bles­sure. C’est ain­si que dans un état semi conscient, je reçois la visite du cen­taure Chiron. II m’indique un pas­sage, un tout petit espace, une synapse, d’où pro­vient un chant bien étrange…

Partant d’un évé­ne­ment vécu et des ren­contres du réel, Autopoïèse pro­pose des chutes et des varia­tions, une des­cente vers la fic­tion, la poé­sie et la mytho­lo­gie.

Retrouver sur Soundcloud, une inter­view de Anne Lepère — le 23/03/19 sur 48FM, lors de la dif­fu­sion de Autopoïèse dans l’émission «La porte ouverte à toutes les fenêtres».

Le ventre de Paul

Une enquête pour retrou­ver des sou­ve­nirs d’une gueule cas­sée dans les Vosges : Paul Marulaz, mon arrière⁻grand père. Accompagné par Marion Fabien et le jour­nal de guerre de Paul, c’est une plon­gée dans les mémoires, à la fron­tière du sou­ve­nir. Quels sont les restes de cette drôle de guerre ? Comment peut-on retrou­ver une famille après tant de bles­sures ?

Fantasmes

Crédit: Dominique Goblet

Fantasmes est une créa­tion radio­pho­nique à ne pas à mettre entre les oreilles des per­sonnes mineures ou sen­sibles. Le dis­po­si­tif d’exploration sous hyp­nose, pro­po­sé par Marie Lisel, repousse les limites de l’imaginaire bien au-delà de ce qu’il est pos­sible ou auto­ri­sé de vivre dans le réel par­ta­gé. Ce n’est que dans une dimen­sion oni­rique que le fan­tasme, telle une caresse pour le cer­veau, sou­lage la ten­sion du désir. L’accompagné jouit alors de ses pleines poten­tia­li­tés aven­tu­reuses et éman­ci­pa­trices.

Rascasse le vieux marin

La vie a chan­gé dans le petit port de pêche depuis que Rascasse a décou­vert une étrange bou­teille en plas­tique sur la plage. Il décide de s’en sépa­rer en pre­nant le large mais la mer le sur­prend et lui donne une mission…Ensemble, ils embarquent pour un monde oni­rique empreint de conscience éco­lo­gique.

L’univers danse le Semah

« L’Univers danse le semah » est un témoi­gnage d’exil. Celui d’une mino­ri­té hété­ro­doxe long­temps per­sé­cu­tée par l’Etat turc, les alé­vis, dont les pra­tiques rituelles sont émi­nem­ment basées sur la musique, la danse et la poé­sie. En quête d’une recon­nais­sance au-delà de l’islam, une par­tie de la com­mu­nau­té des alé­vis de Belgique tente aujourd’hui de pré­ser­ver et redé­cou­vrir ces tra­di­tions musi­cales. Ces formes de résis­tances cultu­relles sont une occa­sion d’explorer de nou­veaux ter­ri­toires poli­tiques et sonores où se réin­vente une parole long­temps bri­mée.

Trait pour trait

Ni tota­le­ment fic­tion, ni exclu­si­ve­ment docu­men­taire, ce por­trait explore une zone de cir­cu­la­tion où modèle et por­trai­tiste se ren­contrent. Comme un jeu de cligne-musette où les rôles de celui qui compte et de celui qui se cache seraient ren­dus poreux. Enregistrées lors de cinq tom­bées de nuit consé­cu­tives dans l’intimité du salon, les paroles de Nadia invitent l’auditeur à une par­tie de colin-maillard ; yeux ban­dés et bras ten­dus, libre de devi­ner les contours d’un visage qui prend inlas­sa­ble­ment la tan­gente.

La parole chanceuse

La Parole chan­ceuse est, à l’origine, un court texte de Marguerite Duras issu de son recueil La Vie maté­rielle, dont ne sub­siste ici que le titre. L’auteur y décrit l’armement invi­sible que pro­cure une parole dite « chan­ceuse » face à un audi­toire. Et quand ça vous est arri­vé une fois parait-il, la parole chan­ceuse, ça vous arrive tout le temps ensuite.
L’emprunt de cette for­mu­la­tion « magique » sert de pré­texte au dérou­le­ment d’un récit : le quo­ti­dien d’un foyer de jeunes filles, leurs appren­tis­sage du monde. Les indices de temps, de lieux et d’actions sont lacu­naires. À ce récit est enchâs­sé le dis­cours de Mohamed Ali qui pré­cé­da son com­bat contre George Foreman en 1974.

La Parole chan­ceuse est une pièce radio­pho­nique et musi­cale qui inter­roge tout à la fois le pou­voir éman­ci­pa­teur du verbe mais aus­si son impuis­sance. Le pre­mier enjeu de cette pièce fut d’interroger les codes du récit oral où la dra­ma­tur­gie repose tout autant sur les mots qu’à tra­vers la voix du nar­ra­teur, sa pro­so­die. Ce double lexique, entre repré­sen­ta­tion du lan­gage et per­cep­tion sen­sible de la voix, est deve­nu ter­rain d’exploration for­mel et musi­cal. Cette infir­mi­té du verbe à figu­rer les angles morts du lan­gage est contour­née par la voix elle-même. Le tré­bu­che­ment des énon­cés, les grains de voix variés, les arrêts et frac­tures donnent cer­tains indices per­cep­tifs au récit, à sa nar­ra­tion. Marguerite Duras et Mohamed Ali sont convo­qués comme les figures tuté­laires de cette « parole chan­ceuse », cha­cun muni de leur arse­nal, conci­sion impla­cable du texte et force d’intimidation du dis­cours.

A lire un article dans Bela.