Artiste sonore

André Dartevelle

Biographie

« Pendant 33 ans, j’ai été successivement journaliste, reporter et documentariste à la télévision publique belge, la RTBF. Depuis une quinzaine d’années, mes films documentaires sont principalement coproduits par la chaîne ARTE. Comme reporter, j’avais appartenu aux grands services de reportage, Neuf Millions Neuf, A suivre, Strip Tease. J’ai créé le service de films documentaires Traces et ensuite Portraits.

Tous ces titres ont disparu. La télévision dans laquelle j’ai travaillé ressemble de moins en moins à la télévision actuelle. Ma formation initiale n’a rien à voir ni avec le journalisme, ni avec le cinéma documentaire. Je suis licencié en histoire moderne. Redécouvrir le genre documentaire à la télévision publique et retracer son histoire a fait l’objet de mon cours à l’INSAS de 2006 à 2009. » André Dartevelle – 2009.

André Dartevelle, journaliste et réalisateur belge, a construit pendant plus de 40 ans une oeuvre « en résistance », donnant inlassablement la parole aux opprimés. Témoin des conflits du monde, attaché aux questions de société en Belgique et plus généralement au travail de mémoire, il aura mis en lumière les grands combats sociaux et politiques de son temps. A travers son témoignage et celui de ses collaborateurs, il revient avec force sur les moments clés de notre histoire contemporaine.

Il filmait pour garder une trace, pour empêcher l’oubli. Ouvriers laissés sur le carreau, civils piégés sous les bombes, résistants murés dans le silence : André Dartevelle a passé quarante ans à capter ce que l’histoire préfère escamoter.

Dès les années 70, il documente l’agonie de la classe ouvrière belge avec F.N. ou une femme, des machines (1974)et L’atelier à 15 ans (1975). À l’époque, le capitalisme wallon plie bagage et laisse des usines fantômes derrière lui. Dartevelle, lui, reste. Il écoute. Il filme. Il archive.

Mais le béton des usines ne suffit pas. Son regard se tourne vers les champs de bataille. Beyrouth, Palestine, Nicaragua : partout où l’injustice frappe, il dégaine sa caméra. En 1978, avec son ami et réalisateur palestinien Michel Khleifi, il filme Achrafieh, captant la guerre au plus près. Pas celle des généraux, celle des civils qui encaissent l'assaut de l'armée syrienne au Liban.

En 1981, ils poursuivent ensemble ce travail de témoignage avec La route d'El Naïm, montrant la Palestine autrement qu’en symbole. Pas un "peuple en lutte", mais des existences, des vies suspendues entre deux mondes.

"André appartenait à une génération de journalistes et de réalisateurs rentrés à la RTBF dans les années 70, des soixante-huitards pour la plupart, qui avaient envie de changer le monde, d'en donner une vision plus engagée."Alain Lapiower 2017

Plusieurs fois, le cinéaste a frôlé la mort, dans les camps palestiniens au Liban, au Salvador. Il note à ce propos : « Chaque fois que je revenais d’un tournage où notre vie était exposée, j’étais étonné de l’énorme indifférence qui nous entourait. »

Ses Mémoires (Si je meurs un soir. Mémoires, André Dartevelle, Editions du Cerisier, 2015) évoquent aussi les disparus ou ceux qui se sont éloignés dont la mémoire aurait pu se perdre. Il leur rend justice de manière amicale. Leur lecture est passionnante et s’impose par l’actualité des questions abordées.
Mais on en retiendra surtout cet art de l’interview qui fit d’André Dartevelle un docteur de la parole, tel qu’il aimait à se définir. « Je plaçais mes interlocuteurs face à moi et face à eux-mêmes. Le développement de l’entretien les projetait au centre du film. Rien n’avait plus d’importance qu’eux. C’est le sentiment que je tentais de leur faire vivre. C’est leur parole que je libérais, qui devenait moyen et fin, éveil, devenir. »

 

Sur la Sonuma, une page reprend les extraits de reportage et documentaire de André Dartevelle

https://auvio.rtbf.be/mot-cle/andre-dartevelle-journaliste-495999

Kita Bauchet a réalisé un  documentaire-portrait à partir de ces films : ‘Une vie contre l’oubli’ (Dérives-2016)

https://www.derives.be/films/une-vie-contre-loubli

Compétences
Réalisation