A l’écoute du vivant : field recording avec Léa Roger
Demande d’inscription via le formulaire en ligne ci-dessous jusqu'au 22 mai 2026
Réponses le 8 juin 2026
Durant ce workshop, nous explorerons comment développer une écoute sensible de notre environnement et des relations énergétiques qui ont lieu, à travers la pratique du field recording.
Bioacoustique, paysage sonore, éco-acoustique, sonic journalism, écologie sonore multispeciste, queer… autant de termes qui renvoient à différentes approches de l’enregistrement des sons non-humains. Initiée dans les années 1920, cette pratique est en perpétuelle transformation. Nous sommes passé·e·s d’une conception dualiste de la nature - objectivée et esthétisée - à des approches récentes qui reconnaissent les autres vivant·es en tant que sujet, évoluant vers une relation symétrique et systémique.
Notre époque, celle de la sixième extinction de masse due à l’impact de l’homme sur les écosystèmes, nous confronte à notre responsabilité éthique. Nous faisons le constat que l’homme moderne, en élaborant des mythes de domination et de prédation, a nié l’interdépendance entre les êtres vivants. Ces illusions d’optique, en ne reconnaissant pas l’altérité, transforment les autres et les écosystèmes en ressources exploitables.
Certain·e·s chercheur·e·s autochtones constatant l’invisibilisation de la réciprocité entre l’humain et les écosystèmes dans la science, ont dénoncé la toute puissance de la liberté occidentale en tant que philosophie colonisatrice. La proposition multispéciste, héritée des cosmogonies autochtones nous invite à prendre part à des manières radicalement différentes de connaître et « d’être ». Dans cette perspective, l'énergie et la matière ne sont pas séparées. L’appréhension des esprits, des vivants, des ancêtres, des animaux, des plantes et des éléments se fait grâce à leurs relations de réciprocité.
Comment pouvons-nous aujourd'hui tisser de l’intérieur d’autres rapports au territoire, à l’écoute de l’espace et des êtres qui nous entourent ? Comment le son peut-il devenir un outil pour nous relier au vivant ?
Pour penser notre époque, l’éthologiste Vinciane Despret propose le terme de « phonocène » plutôt que celui d’« anthropocène », invitant à adopter une posture empathique fondée sur l’écoute comme modalité de réapprentissage au vivant.
Ce workshop est une invitation à transformer notre écoute macro et micro en nous immergeant dans l’intérieur de la matière sonore du vivant. Nous explorerons comment par l'élargissement de notre perception auditive aux intelligences non-humaines - celles-ci - par la générosité de notre écoute, nous transforment en retour.
Photo : Léa Chang
Il s'agira de développer une écoute plus globale du réel. Ecouter l’orchestration qui se joue entre les mouvements des plantes, du vent, du ciel, de l’eau et les activités des êtres qui les peuplent. Sortir de la perspective dualiste anthropocentriste que nous avons héritée pour glisser vers un champs de perception plus vaste par l'écoute d’autres langages.
L’écoute profonde prend en compte ce qui nous entoure, sans discrimination. Elle nous invite alors à retrouver un positionnement plus équilibré, qui s'accorde avec les rythmes du réel.
La démarche de Léa Roger est davantage une démarche sensible, étant artiste - mais selon les envies, chacun·e pourra s’emparer des outils proposés pour s'engager dans différents processus exploratoires, des plus scientifiques aux plus oniriques, pour affiner sa sensibilité auditive ou pour témoigner d’une relation à un écosystème.
Déroulé
Les 5 jours comprendront :
- des sessions d’écoute d’extraits choisis ainsi que des enregistrements produits durant le workshop,
- des pratiques pour explorer l’écoute, - des notions de prises de son, d’édition, de montage,
- des articles et ouvrages sur ces pratiques, un pdf pratique qui reprend les aspects théoriques et techniques,
- la construction d’un capteur électro-magnétique, - différents temps d’exploration sur le terrain,
- la possibilité de tester différents micros pour capter différents types de sons : intérieur d’un arbre, vibrations dans un sol, insectes, oiseaux, échanges gazeux de plantes dans un marais, activités sous l’eau… mais aussi sons électro-magnétiques (provenant de réseaux électriques, radio, wifi, antennes relais…) inaudibles sans un capteur spécifique.
Les écosystèmes rencontrés seront les friches de Bruxelles (zones protégées ou à protéger), nous iront à leur rencontre à différents moments de la journée, notamment une fois, à l’aube.
Infos pratiques
A Bruxelles (lieux à définir)
Léa Roger est réalisatrice radio, field recordist, harpiste et compositrice électroacoustique. Elle s’est formée en anthropologie et en ethnomusicologie à l’EHESS-Paris et à l’Université Libre de Bruxelles, en électro-acoustique au Conservatoire de Mons, dans la section composition acousmatique et lors de stages avec Marc Namblard (field recording), Felix Blume (field recording et montage) et Jeanne Debarsy (mixage). Elle transmet aujourd’hui ses connaissances et sa pratique lors d’ateliers (field recording, deep listening, électro-acoustique) dans différents contextes.
Elle s'intéresse aux aspects subtils du son, touchée par le vivant sous toutes ses formes. Pour elle, la musique est moins une forme esthétique qu'une expérience vibratoire. Elle pratique également la fasciathérapie, le yoga du cachemire et la méditation. Le dialogue avec le corps, le sentir et l'espace est devenu un terrain d'exploration de plus en plus présent, la conduisant à expérimenter des modes alternatifs d'attention à l'autre – humain et non-humain.
Depuis 2022, elle est engagée sur des projets d’écologie sonore, principalement en Belgique (friches en région bruxelloise) et en Bolivie. En Bolivie, elle travaille en binôme avec l’artiste, field recordist et bioacousticienne bolivienne Cristina Canedo. Ensemble, elles ont réalisé des expéditions dans les Yungas et sur l’île de la lune au lac Titicaca, où elles travaillent en collaboration avec l’organisation Bolivian Amphibian Initiative. Elles enregistrent les activités des amphibiens et les écosystèmes, ainsi que les récits des personnes issues de communautés, vivant dans ce territoire. Ces enregistrements permettent de mieux connaître ces espèces menacées ainsi que les modes de vie et la cosmovision façonnés par ces territoires.
Cette approche se veut inclusive et non-réservée seulement aux artistes sonores. Toute personne sentant l’élan à ouvrir ses perceptions au vivant est la bienvenue.
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