30.03.2026

Docu-Fiction, quand la réalité et l’imaginaire s’entremêlent

Actualité

En créa­tion radio et en pod­cast, il existe dif­fé­rents genres : l’entretien, le musi­cal, la fic­tion, le docu­men­taire… Et puis il y a une forme hybride, qui mélange plu­sieurs genres : le docu-fic­tion.  

Sur Radio­la, il existe pour l’instant une soixan­taine de créa­tions de ce genre. Mais que se cache-t-il der­rière le terme “docu-fic­tion” ? Quelles sont ses carac­té­ris­tiques et ses pro­messes ?  

 

Reve­nons à un peu de théo­rie avant de pas­ser à l’analyse de quelques pro­duc­tions ! Pour com­prendre ce qu’est un docu-fic­tion, com­pre­nons d’abord ce qu’est un docu­men­taire et une fic­tion.

 

Le genre docu­men­taire se défi­nit comme rela­tant des évé­ne­ments, des faits et des récits de per­sonnes réelles. Cela peut aller de la recherche de docu­men­ta­tion et de témoi­gnage pour par­ler du sujet à l’intervention du sujet en lui-même. Par exemple, un docu­men­taire sur un fait qui a eu lieu dans l’An­ti­qui­té pré­sen­té sous la forme d’interventions d’expert·es et d’a­na­lyses de docu­ments, ou un docu­men­taire sur le quo­ti­dien d’une per­sonne que l’on suit tout au long du récit.   

Le genre fic­tion­nel, quant à lui, se carac­té­rise prin­ci­pa­le­ment par l’imagination et ne recherche pas for­cé­ment de véra­ci­té dans les élé­ments du récit. Les pro­duc­tions fic­tion­nelles peuvent être très proches de la réa­li­té, par exemple une his­toire qui a lieu à notre époque et où les per­son­nages n’existent pas mais sont très proches du réel, ou peuvent s’en éloi­gner en pré­sen­tant un monde futu­riste ou bien un uni­vers paral­lèle avec des monstres. Ces der­niers peuvent paraître décon­nec­tés de la réa­li­té mais ne le sont pas tant : ils sont sou­vent ins­pi­rés du réel pour réin­ven­ter des socié­tés et pour nour­rir les ima­gi­naires. 

Les exemples don­nés ici sont vul­ga­ri­sés et c’est jus­te­ment en oppo­si­tion à cette vul­ga­ri­sa­tion qu’existe le docu-fic­tion, qui est donc un savou­reux mélange de ces deux genres.

 

La liber­té du récit

Limi­ter le docu-fic­tion à une com­po­si­tion d’éléments vrais et faux serait injuste. C’est beau­coup plus com­plexe que cela, non pas dans le sens “dif­fi­cile”, mais bien dans le sens “éla­bo­ré”, “étof­fé”.

Lors de la construc­tion du récit, c’est au réalisateur·rice de défi­nir son his­toire. Celle-ci est-elle le fruit de son ima­gi­na­tion, ou bien des élé­ments du réel inter­viennent-ils ? La fron­tière est donc par­fois plus vers le docu­men­té et par­fois plus vers le fic­tion­nel.

Dans Juge sans len­de­main de Marc Xhauf­flaire, un fait réel est racon­té tout en ayant cer­taines liber­tés quant à l’in­ter­pré­ta­tion et au dérou­le­ment du récit. Dans Le Syn­di­cat des Robots de Maxime Wathieu, la fic­tion est tel­le­ment réa­liste qu’elle est trans­po­sable à la vraie vie. Tan­dis que dans L’escamoteur de Cabi­ria Cho­mel, la vie d’une per­sonne réelle est docu­men­tée et est agré­men­tée d’éléments propres à l’imaginaire, à la magie et donc à la fic­tion. 

 

La confiance

“Dans les rap­ports avec le public, les contrats sont de nature dif­fé­rente : “visée expli­ca­tive” pour le docu­men­taire, “visée de diver­tis­se­ment” pour la fic­tion.” 

Cet extrait du livre Le docu­men­taire radio­pho­nique de Chris­tophe Deleu met en avant un point impor­tant de la créa­tion radio­pho­nique et du pod­cast : le contrat, que l’on peut aus­si appe­ler “le pacte”. Ce contrat pas­sé entre le·la réalisateur·rice et les auditeur·trices est la base de confiance qui va per­mettre à ceux·celles-ci d’écouter sans crainte le récit du·de la réalisateur·rice. Et la règle est simple : si l’auditeur·trice se sent trompé·e, il n’y a plus de confiance. 

Dans l’es­sai radio­pho­nique La Guerre des Mondes d’Or­son Welles, adap­ta­tion du livre de H.G. Wells, les auditeur·rices de la CBS ont été pris de panique en croyant à une réelle attaque d’ex­tra­ter­restres. Il en fut de même pour l’édition spé­ciale Bye Bye Bel­gium dif­fu­sée en 2006 sur la RTBF fai­sant croire à la scis­sion de la Bel­gique, entre la Flandre et la Wal­lo­nie. Durant ce faux jour­nal TV, il a fal­lu plus d’une heure pour que les téléspectateur·rices com­prennent que c’était une fic­tion. Même si ces deux exemples sont salués à l’heure actuelle, cela a pro­vo­qué une perte de confiance, au moment de leurs dif­fu­sions, de la part du public qui a eu peur et s’est sen­ti trom­pé. 

Dans une fic­tion, l’auditeur·trice accepte les codes qui visent à rendre réa­listes des élé­ments irréels. Iel accepte d’être cré­dule et par­fois se ras­sure en reve­nant à la réa­li­té. Alors que dans le docu­men­taire, la confiance est pri­mor­diale. L’auditeur·trice s’attend à pou­voir faire confiance à la véra­ci­té des élé­ments mis en avant par la pro­duc­tion sonore, visuelle ou écrite. Cela relève par­fois presque du jour­na­lisme. 

Qu’en est-il du docu-fic­tion ? Com­ment savoir ce qui est faux de ce qui est vrai ? Et la pos­si­bi­li­té de perdre l’auditeur·rice ? C’est au réalisateur·rice de faire atten­tion car il y a une double méfiance de la part de l’auditeur. Par exemple dans Vagues de cha­leur de Cha­ro Cal­vo, les par­ties docu­men­taires sont les récits des per­sonnes et la par­tie fic­tion est l’intervention de la créa­ture. On arrive à les dis­tin­guer. D’autres pro­duc­tions veulent jouer le jeu du flou, la fic­tion et le réel s’en­tre­mêlent, se mélangent. Soit pour faire un autre récit, comme dans Super­floukse de Les­lie Dou­merx, Coren­tin Debailleul et Mar­ti­no Moran­di, soit pour illus­trer plus faci­le­ment le docu­men­té, dans Juge sans len­de­main de Marc Xhauf­flaire. 

 

La valeur

Enfin, on a beau défi­nir le genre de mille et une façons, c’est encore à la base de la créa­tion que se nomme le genre. Le docu-fic­tion a la valeur qu’on veut bien lui don­ner. Certain·es réalisateur·rices pré­fèrent défi­nir leur tra­vail comme fic­tion­nel, d’autres veulent mettre en avant leur impor­tant tra­vail de docu­men­ta­tion et de construc­tion fidèle du récit. Et puis, c’est aus­si à l’auditeur·trice de se faire son propre avis.  

Pour vous faire le vôtre sur la ques­tion, voi­ci une sug­ges­tion de docu-fic­tion dis­po­nible sur Radio­la. 

 

Bonne balade dans le docu-fic­tion !

 


 

Recom­man­da­tions de 5 docu-fic­tions à retrou­ver sur Radio­la

Le récit d’un pro­cès d’as­sises en quatre jours.

C’est autant  le juré que vous qui déci­de­rez fina­le­ment si ce que vous allez entendre est un True Crime ou pas.

La réa­li­sa­tion est à la fois docu­men­taire et fic­tion. Docu­men­taire parce qu’elle se base sur un pro­cès réel et le témoi­gnage d’un juré. Docu­men­taire encore parce que sus­ci­tant la réflexion sur des faits de socié­té. Fic­tion par contre puis­qu’il s’a­git d’une recons­truc­tion post fac­tum axée sur et ryth­mée par le récit qu’un juré par­ti­cu­lier se fait de sa per­cep­tion sin­gu­lière (et par­fois un petit peu fan­tas­ma­tique) d’une expé­rience à nulle autre pareille.

Le décor sonore est volon­tai­re­ment dépouillé. Le but est d’in­ci­ter l’au­di­teur à réflé­chir sur une série de thèmes abor­dés : avant tout l’a­dé­qua­tion de la pro­cé­dure d’une cour d’as­sises dans l’exer­cice de la jus­tice et (en fonc­tion du crime jugé) l’i­né­ga­li­té cultuelle entre classes sociales, tra­ver­sant l’in­té­gra­tion de l’im­mi­gra­tion et une cer­taine homo­sexua­li­té.

 

À tra­vers cinq entre­tiens exclu­sifs, la jour­na­liste Mar­lène Duleu­pré tente de per­cer les mys­tères du Syn­di­cat des Robots : cet orga­nisme intri­guant et contro­ver­sé, qui se reven­dique pro­tec­teur des machines et intel­li­gences arti­fi­cielles. Une enquête qui vous plonge dans un futur bien plus proche que pré­vu…

 

Mes­dames et Mes­sieurs venez expé­ri­men­ter l’in­croyable aven­ture de la magie à la radio avec l’u­nique et inimi­table Alain Demoyen­court !

Des tours de magie sonore, de la poé­sie et des baleines, c’est ce soir dans votre poste de radio !

 

Que se pas­se­rait-il si tous les réseaux, publics comme pri­vés, s’interconnectaient dans une méga­struc­ture de sur­veillance, aux dimen­sions pro­pre­ment mons­trueuses ?

Que se racon­te­raient une trot­ti­nette en libre ser­vice, une pou­belle connec­tée et un wi-fi de centre com­mer­cial si on leur don­nait la parole ? Com­ment leurs conver­sa­tions seraient inter­pré­tées par les algo­rithmes et les humains qui les écoutent ?

 

Ima­gi­nez qu’une créa­ture vous parle depuis ce futur. Que pense-t-elle de nous ?

Pha­le­na, créa­ture du futur, membre d’une socié­té sou­ter­raine, découvre un docu­men­taire sonore daté de 2020. Elle s’étonne d’entendre des femmes par­ler de méno­pause, de gros­sesse, d’amour, d’écoféminisme, de dérè­gle­ment climatique…Inspirée par ces femmes, elle décide d’enregistrer à son tour un mes­sage des­ti­né à la sur­face. “Si vous exis­tez, vous m’entendrez par la fente, le gey­ser”. 

 

Pour aller plus loin

 


 

Un article de Mar­gaux Lepage